[./jaidejadit.html]
[./circonscription.html]
[./independance.html]
[./jemesouviens.html]
[./grrr.html]
[./famille.html]
[./contact.html]
[./index.html]
[./quisuisje.html]
[./archives.html]
[./humour.html]
[./photos.html]
[Web Creator] [LMSOFT]

 Je me souviens !
Ces chroniques ont été écrites pour le plaisir du lecteur
et inspirées d’événements vécus dont seule ma
mémoire vous les relate.  Parfois cette mémoire peut oublier une date, un nom ou un détail,
mais pas le sens ni ma façon de les avoir sentis. Je vous les propose sans prétention et surtout simplement,
car en plus d’avoir inspiré mon parcours de vie, ces chroniques peuvent bien vous transporter
et vous inspirer à votre tour.
  
Nicole Léger
Je me souviens
de Pierre Bourgeault

À la fin des années 60, lors d’un rassemblement partisan pour le RIN (Rassemblement pour l’Indépendance nationale) mon père Marcel Léger avait invité le chef Pierre Bourgeault à venir saluer les militants de l’Est de Montréal dans le sous-sol de notre résidence de l’époque à Ville d’Anjou et qui avait été transformé en local de parti depuis un certain temps. J’étais abasourdie de voir ces femmes et ces hommes si sérieux le jour  à défendre leurs convictions pour la liberté de leur peuple, à développer des stratégies électorales dignes d’un film à suspense et ainsi un soir mémorable devenir si émouvants et vouer une inconditionnelle admiration  à cet idole aux cils blancs, au regard vif et au verbe si impressionnant. J’avais à peine 13 ans, mais j’ai vu  ce qu’était le charisme, la clarté du message et l’engagement virulent pour une cause, celle de l’indépendance du Québec dans les yeux de cette star de l’heure!

  
Je me souviens
des première affiches du Parti Québécois

Les premières affiches du Parti Québécois étaient peintes à la main par des bénévoles à l’âme d’artiste. Quelques consignes de base suffisaient pour dessiner un grand cercle bleu et une pointe rouge qui visait le centre afin de viser ce territoire qui deviendra un jour autonome et libre. Pendant que les grands préparaient le Jour J, les enfants déambulaient et jouaient librement dans le local électoral et se faisaient parfois apostropher pour colorier ce logo partisan avec un pinceau et un pot de peinture. Cela nous tenait tranquille un court instant.  J’en ai dessiné de ces logos, de ces slogans et de ces formes bleues et rouges…
Je me souviens
d’un certain dimanche matin avant la messe

Le dimanche précédant les élections du 29 avril 1970, vers 4 heures du matin, un jeune bénévole péquiste circulait sur une rue déserte pour retourner chez lui après une soirée bien arrosée avec ses amis. Il passe devant l’église d’Anjou et y ramasse l’un des bouts de papier parmi les centaines éparpillés à terre devant le perron de cet édifice religieux. Il y était inscrit quelque chose du genre que Marcel Léger aurait volé l’église et qu’il était un candidat immoral et sans scrupule. Comme ce jeune homme n’était pas sûr que c’était la fatigue ou ce lendemain de fête qui pouvaient perturber ses esprits, il en ramassa un autre pour s’assurer que c’était bel et bien une attaque en règle de l’adversaire qui souhaitait influencer les pratiquants qui arriveraient dans quelques heures pour assister à la célébration de leur messe hebdomadaire. Le téléphone sonna à la maison et tel un préfet de discipline, maman nous réveilla tous les cinq enfants afin de s’habiller et partir pour une mission mémorable, celle d’amasser sur l’asphalte les milliers de petits bouts de papier sur les perrons de toutes les églises de la circonscription. Ce n’était pas qu’une église, mais une quinzaine. J’y vois encore mon petit frère de 9 ans et mes jeunes sœurs à moitié endormis, le nez coulant,  les larmes aux yeux et les doigts éraflés au contact du béton se mettre à l’ouvrage comme les meilleurs soldats de la planète défendant l’homme qu’ils aiment le plus au monde et que l’adversaire a osé blesser. Tous pour un, un pour tous!
  
Je me souviens
De Radio Mutuel et Frenchie Jarraud à l’heure de la campagne de financement du PQ

C’est en mars 1981, que mon père Marcel Léger, organisateur en chef du Parti Québécois décida  de faire un grand coup médiatique afin de mobiliser tout le Québec à financer le Parti Québécois. Il avait organisé un blitz radiophonique inouï avec Radio Mutuel en étant sur les ondes durant douze heures et en lien avec toutes les régions du Québec. Le bureau central était au village olympique à Montréal. Frenchie Jarraud, l’animateur vedette de l’époque et mon père ont animé cette journée nationale de financement en interviewant les députés et les vedettes locales dans chacune des régions du Québec à toutes heures de la journée afin de solliciter les auditeurs à donner un don au parti. L’effet était grandiose, car en même temps, partout au Québec, les citoyens étaient sollicités et comparaient leurs résultats afin de décrocher la palme de la meilleure région au financement du PQ.  Je revois René Lévesque à 19 heures, suspicieux  et nerveux,  doutant de l’opération depuis le début lorsque mon père lui proposa cet événement, devenu radieux au micro en ce jour historique puisqu’il annonça des résultats foudroyants et pouvait ainsi rappeler, à sa manière simple et humaine,  l’importance du financement populaire qui nous différenciait clairement des autres partis dont les intérêts privés et les dons d’entreprise prédominaient.. En ce jour unique,  38 418 nouveaux membres adhéraient au Parti Québécois et
3 421 312$  furent amassés. Le slogan que mon père avait mis de l’avant était : « En politique, dis-moi qui te finance et je te dirai qui te contrôle!»

  
Je me souviens
Des gamins qui entrent à l’Assemblée nationale pour la première fois

Au lendemain du 29 avril 1970, les sept premiers députés du Parti Québécois font leur entrée à l’Assemblée nationale du Québec. Marcel Léger, Robert Burns, Claude Charron, Camille Laurin, Guy Joron, Lucien Lessard et Charles Tremblay tracent les premiers pas du Parti Québécois au  Parlement du Québec.  Cheveux longs, allure décontractée et blousons de cuir, ces hommes de bonne volonté feront face au protocole, à l’éthique, à l’institution et surtout au prononcé du serment à la reine afin d’accéder à la salle du  conseil législatif communément appelée le salon bleu. Ces indépendantistes étaient confrontés devant leurs propres convictions et il n’était pas question de prêter serment à ce symbole monarchique. Scandale dans la demeure!  Refusant d’obtempérer, ils furent obliger de s’asseoir dans les gradins et écouter ainsi les travaux parlementaires. Seul Charles Tremblay siégea puisqu’il n’avait pu rejoindre ses collègues à temps et avait été empêtré par les dédales administratives d’un jeune nouveau. Une caricature cocasse du journal Le Devoir démontrait à l’époque les  6 gamins assis dans les gradins les jambes se balançant dans le vide et regardant la joute parlementaire tout en bas. Après quelques semaines, sachant qu’une lutte plus importante se jouait sans eux, ils réussirent à obtenir une partie de leurs revendications. Depuis ce jour, les députés doivent toujours prêter serment à la reine, mais grâce à l’ entêtement de ces souverainistes, il a été ajouté un autre serment, celui au peuple du Québec.


  
Je me souviens
De la première victoire électorale de mon père

Le 29 avril 1970, Marcel Léger est élu le premier député de l’histoire du Parti Québécois. Organisateur en chef du Parti, il s’est retrouvé candidat de LaFontaine ( incluait Pointe-aux-Trembles, Tétreaultville, Anjou, Rivière-des-Prairies, Montréal- Est) par la force des choses puisqu’il avait préparé cette circonscription pour le chef ou pour une candidature de prestige qui ont plutôt fait leur choix ailleurs. Mon père a donc décidé de poser sa propre candidature afin de s’assurer que le Parti Québécois puisse avoir des candidats partout au Québec. Il a mis à l’épreuve ses propres méthodes d’organisation dans son patelin. Ce nouveau parti était enfin prêt à affronter son destin et prendre son envol  auprès des trois autres vieux partis d’expérience : le Parti Libéral, l’Union Nationale et le Crédit Social. Imaginez- vous ces jeunes effrontés qui veulent changer le monde et appliquer toutes ces nouvelles méthodes d’organisation et de financement, c’est rire des habitués et faiseurs d’élections! En ce soir d’élection, à l’âge de 15 ans, ma tâche était de surveiller les nouvelles des postes 4 et 7 (RC et TVA aujourd’hui) afin de communiquer et surtout crier le nom des candidats élus à chaque fois. C’était passionnant! Tout le monde était fébrile et effectuait leur mandat de façon exemplaire. À un moment donné, je crois entendre le lecteur de nouvelles dire que Marcel Léger est élu. Comme un message à échos, je crie MARCEL LÉGER EST ÉLU!  Tous lâchent leur stylo, règle, téléphone et transportent mon père sur leurs épaules et le sortent dehors où des centaines d’autos se préparaient à parader pour crier victoire. Tout était prêt « au cas où », c’était la méthode Léger voyons! Dehors, les gens étaient fous de joie et quittaient en trombe pour célébrer la liberté. Presque seule tout près de mes téléviseurs, je réalisais que j’avais peut- être fait une erreur et qu’il se pouvait que je puisse avoir mal compris le lecteur de nouvelles…il était vraiment trop tard!  De toute façon, j’avais rendu des femmes et des hommes heureux et surtout un père victorieux!  Et de ce fait, il était vraiment élu ce 29 octobre 1970.



  
Je me souviens
La fille de

Ces premiers militants indépendantistes de l’heure vous le diront encore aujourd’hui qu’ils ont vécu des moments inoubliables, uniques et glorieux. Je les rencontre encore aujourd’hui ces membres aux yeux pétillants lorsqu’ils m’abordent et me parlent de cette époque. Ils sont radieux et ils me transportent tout près de ce Marcel tant aimé. Ils sont heureux de me partager ce moment précieux avec mon père. Je leur en suis reconnaissante à chaque fois, car c’est un clin d’œil de celui que j’ai tant aimé. Ce qu’il en a vu du monde ce père! Ce qu’il en a connu du monde ce père! Ce qu’il en a marqué du monde ce père! Ils ont tous une anecdote à me raconter. Que ce soit un citoyen, un militant, un journaliste, un chroniqueur, un collègue, un dirigeant d’entreprise,  un policier, un téléphoniste, un sportif,  un coiffeur, etc. C’est toujours passionnant! Leurs histoires me permettent de me rappeler, de sourire avec eux, car je le reconnais ce père avec ces descriptions, ces blagues et ces quiproquos que vous me partagez. J’ai plusieurs fois fait le tour du Québec à cause de mes fonctions de ministre et dans toutes les régions du Québec, il y a toujours quelqu’un quelque part qui me parle de lui. J’aimerais aujourd’hui vous dire que c’est toujours un immense plaisir de vous entendre me parler de lui. Ne vous gênez jamais!  Il a été un pionnier, un précurseur et surtout l’un de nos premiers indépendantistes au Québec. Je vous remercie de perpétuer sa mémoire. Même si j’ai fait mon nom et mon prénom aujourd’hui, je serai toujours fière d’être «la fille de».